
Alix sursauta. Certes elle l'avait pris pour un
voleur, mais pour une fois, l'idée qu'il lui vole son
vélo ne lui avait même pas effleuré
l'esprit...
-Non, ce n'est pas çà,
mais...
-Vous êtes très tendue...
Je vous fais peur? demanda le jeune homme, en plissant ses
yeux douloureux.
-Avouez que ce n'est pas courant d'avoir
des inconnus chez soi...
-Tout dépend, on
est parfois contraint de partager son espace avec des gens que l'on
souhaiterait voir disparaitre comme par enchantement,
répondit le jeune homme d'un air mystérieux, son
regard irrité par les excès se faisant lointain.
-Et pour ce qui est du
vélo, reprit Alix avec insistance, sans
prêter davantage attention aux parole du jeune homme,
toute attachée qu'elle était à se
justifier, Non pas que je répugne à
vous le prêter, mais je l'ai laissé chez ma meilleure
amie, en ville... Elle doit me le ramener demain
seulement...
-Je pourrais appeler un taxi...
suggéra le jeune homme, tournant son regard vers le
combiné téléphonique accroché au
mur.
Alix suivit ce regard, horriblement mal à
l'aise...
-Si vous avez un portable, je suis au
regret de vous annoncer que vous n'avez pas de réseau
par ici... Et mon fixe est en dérangement, depuis qu'on nous
installe l'ADSL...
-Misère... Ca veut donc dire que
je vais devoir ramper dans cette chaleur?
La seule perspective de cette longue marche le
faisait transpirer d'horreur...
-Et si... Si je vous
payais?
-Pardon? demanda Alix,
interloquée.
-Ne prenez pas mal mes paroles, je veux
simplement dire... Si vous consentiez à m'héberger
jusque demain... Je sais bien que nous ne nous connaissons pas, que
vous êtes une femme seule, et moi un homme à l'air pas
très recommandable, mais je peux vous assurer qu'il ne vous
arrivera rien que vous ne désirez pas...
-Je... Je ne sais pas...
murmura Alix, un peu perdue sous le regard insistant qui la fixait
de façon presque hypnotique...
-Vous avez dit que votre amie devait
passer dans la matinée de demain... Je me ferais discret
comme une petite souris. Et je vous donnerais la somme que l'on
donne pour une nuit d'hôtel...
Alix rougit. Non, elle n'était pas si
vénale que celà quand même! Rendre service
était une chose naturelle, celà se faisait avec
plaisir, et non pas sous la contrainte! Sa décision
fût vite prise, malgré les risques évidents que
celà pouvait comporter... Après tout, elle avait 21
ans, et était assez grande pour se débrouiller seule
en toutes circonstances...
-Bon... C'est
d'accord...
-Pour ce qui est du prix,
je...
-Vous ne payerez rien. Vous êtes
mon invité. Lançà t'elle d'un ton
péremptoire, qui conférait étonnement
d'autorité à sa silhouette fragile.